L'évéché de Meaux et les privilèges apostoliques de l'Université de Paris

Fenêtre ouverte sur Louis XI et la conservation des privilèges apostoliques

Depuis la naissance en 1200 de l’Université de Paris agrée par Philippe II Auguste, tous les rois s’intéressaient plus ou moins à l’instruction dispensée et contrôlée par l’Eglise.

Pour sa part, le roi Louis XI (1423-1483) fonda en 1452 une université à Valence confirmée par le pape Pie II en 1459, puis en décembre 1463 l’Université de Bourges sa ville natale. Ces créations battaient en brèche le monopole de l’Université parisienne dont la majorité était alors opposée au gallicanisme. Pour mettre en œuvre sa politique, Louis XI s’appuya sur son confesseur et grand aumônier Jean Luillier, évêque de Meaux qu’il nomma conservateur des privilèges apostoliques en 1483 Ainsi le roi était en mesure de contrôler ces privilèges par l’intermédiaire de la famille Luillier, alors puissante famille de la bourgeoisie parisienne et d’avocats au Parlement. En effet, ces milieux et leurs proches bénéficiaient des privilèges apostoliques ou royaux dispensés par les autorités royales,    

Aussi est-il opportun de présenter quelques éléments sur cet évêque conservateur des privilèges royaux qui intervient indirectement sur l’étude d’un des rameaux Chevalier. En effet, Gilette Luillier nièce de l’évêque était l’épouse en seconde noces de Jacques Chevalier  seigneur de la Queue-en-Brie (94) et de Tournan (77), maître d’hôtel du roi, présumé membre du rameau Chevalier de Presles qui fait suite. Elle était veuve de l’auditeur des comptes et échevin de Paris Bertrand Ripault (1465-1511).

Evêque de Meaux et régent de la faculté de théologie.

Jean Luillier (1420-1500) était fils de Jean 1er Luillier, avocat général au Parlement et de Catherine de Chanteprime, fille de Jean de Chanteprime, général des Finances du roi Charles V et de Gilette de Dormans

Issu de la riche bourgeoisie de robe au service du roi Charles VII (1403-1461) Jean Luillier entra à la Sorbonne en 1436, fit des études de théologie et devint prêtre. Le 1er juin 1444, il était élu à la Sorbonne procureur de la Nation de France puis recteur de l’Université de Paris élu le 10 octobre 1447. Docteur en théologie et proviseur, il s’engage dans la réforme de l’Université et devient en mars avril 1448 réformateur en titre. Il entre alors en contact avec Guillaume d'ESTOUTEVILLE légat pontifical à Paris afin d’aviser le Pape de la situation. Il rendra-compte de cette entrevue lors d’une assemblée universitaire tenue le 15 mai 1452. Son action réformatrice est visiblement approuvée car il est nommé maître et régent de la faculté de Théologie au mois de septembre 1452.

A l’arrivée sur le trône au mois d’août 1461 du roi Louis XI, Jean Luillier devient grand aumônier et confesseur du roi avant de devenir l’un de ses proches conseillers. Successivement doyen de Notre-Dame de Paris, évêque de Meaux en 1483 [1] et conservateur des privilèges apostoliques, Jean Luillier était une valeur sûre dans la constitution du patrimoine foncier de ses proches familiers.

C’était la norme à cette époque de clans familiaux dans la bourgeoisie montante qui avait remplacée l’ancienne noblesse moribonde après la guerre de Cent-Ans. Cette tendance s’accentuera sous le règne du roi François 1er (1515-1547) qui fit créer par édit du mois de février 1522 le Bureau des privilèges apostoliques de l’Université de Paris. Doté d'un tribunal avec greffier, d'un notaire puis d'un vice-gérant, ce service intégré au baillage de la conservation des privilèges royaux cité précédemment était contrôlé par un évêque désigné par le roi et placé sous la responsabilité du Président du Parlement. Son homologue de la conservation des privilèges royaux était quant à lui dirigé par le prévôt de Paris, représentant de la justice royale.

Cette conservation des privilèges apostoliques travaillait de concert avec la faculté de théologie de Paris chargée de la jurisprudence en matière de théologie et de foi, dont la cheville ouvrière était :  

Jean de Néry, grand bedeau de la faculté de théologie

C’est dans ce cadre général des privilèges apostoliques de l’Université parisienne qu’apparait le prêtre et chanoine de l'église Saint-Michel de Beauvais Jean de Néry (1480-1522). Bedeau depuis 1505, il tenait depuis cette époque les registres et la documentation avant d'être élu Grand bedeau le 5 mai 1520, devenant ainsi le second personnage de cette faculté définissant la politique catholique  [2]. De 1520 à 1521, il œuvrait avec l’évêque de Beauvais Louis de Villiers de l'Isle-Adam (1450-1521), également conservateur des privilèges apostoliques qui avait remplacé feu l’évêque de Meaux Jean Luillier cité précédemment.

Sur le plan personnel Jean de Néry était chapelain de l’église-Saint-Benoit-le-Détourné à Paris, curé d’Orphin (91), propriétaire d’une maison à l’enseigne du Château-Rouge rue Saint-Jacques à Paris et enfin d’un immeuble en la paroisse Saint-Germain de Pantin (93). Ces précisions sont apportées par plusieurs actes rédigés à partir de 1520 en l’étude de Pierre Crozon, notaire au Châtelet, dont son testament [3] daté du 14 novembre 1522.

Il mourut le 20 décembre 1522 et ses exécuteurs testamentaires, remirent à titre d’obis une rente de 30 sols aux marguillers de cette paroisse nommés Christophe Hazart et Pierre Rouveau. Ce dernier représentait une famille également présente à la même époque dans les localité voisines de Bagnolet et Montreuil (93). Son parent Jean Rouveau seigneur en partie de Bagnolet, décédé avant 1538, avait été condamné par décret à verser une partie de son héritage sur deux rentes de 1520 au bénéfice de dame Martine de Saint-Renom (ou Saint-Renon). Cette dernière était introduite dans le milieu bourgeois des notaires parisiens dont celui de la conservation des privilèges apostoliques de l’Université de Paris.

C'est indirectement à cause de cette dernière que va apparaître dans les textes la famille Chevalier seigneur en partie de Presles-en Brie (77) qui suivra.

Pour mettre en exergue ce bureau de la conservation des privilèges apostolique, précisons que de 1521 à 1534, son conservateur sera le nouvel évêque de Meaux Guillaume Briçonnet (1470-1534), abbé de Saint-Germain. Contrairement à son prédécesseur Jean Luillier pratiquement inconnu, il était directeur spirituel de la reine Marguerite de Navarre (1492-1549) sœur du roi François 1er, agissant activement en faveur du foyer de réflexion et de réforme de l’Église de Meaux dont Guillaume Briçonnet était le fondateur  [4].

Grâce à leurs efforts, la Réforme était lancée en cette première moitié du XVIème siècle.

 

[1] Jean Luillier succédait à Louis de Melun (1425-1483) chanoine et archidiacre de Sens, évêque de Meaux depuis 1474

[2] Archives de l'Histoire religieuse de la France. Registres des procès-verbaux de la Faculté de théologie de Paris Tome 1 de 1505 à 1523, publié en 1917. Suivi des procès-verbaux de janvier 1524 à novembre 1533, Bibliothèque de l'École des chartes (Année 1991 n°149-2 pp. 453-455)

[3] A.N. MC/ET/XXXIII des 18 mai 1520 et du 14/11/1522

[4] BARRALIS (C.), Gouverner l'Église à la fin du Moyen Âge. Évêques et évêché de Meaux (1197-1510), Thèse doctorat Paris 1, publication 2004, III, 599-601.

Prochain chapitre: Martine de Saint-Renon

Date de dernière mise à jour : 29/03/2021

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