Les rois capétiens

 

On sait que les héritiers de Charlemagne (+ 814) divisèrent son empire en 843 lors du traité de Verdun. La même année, arrivés par l’autoroute fluviale constituées par la Seine, les Vikings attaquent pour la première fois Paris et son île de la Cité et reviendrons à plusieurs reprises, jusqu’en 885, piller, rançonner et endommager les abbayes parisiennes.

Bouchard 1er, comte de Paris, de Corbeil, châtelain de Melun et seigneur de Gournay-sur-Marne

Afin d’organiser une meilleure défense, Hugues Le Grand, duc des Francs décida en 946, à l’occasion du mariage d’Aimon 1er (930-957) avec Elisabeth Le Riche, de donner en apanage au couple le comté et la ville de Corbeil (Essonne). Originaire de Sceaux-du-Gâtinais où son père Lisiard Le Riche gardait la rivière Loiret, au sud-ouest d’Orléans (Loiret), l’épouse se remariera à la mort de son époux avec Bouchard 1er (939-1007) dit « le vénérable » car avoué de l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés  [1] . Déjà comte de Melun, sur la rivière Marne et de Paris sur la Seine, Bouchard 1er ajoutait le comté de Corbeil à ses responsabilités. 

Désormais, la défense de la région parisienne était réunie dans la main d’un seul responsable :  Corbeil, au sud de Paris, à la confluence de la vallée de l’Essonne et de la Seine, appuyé à terre par le donjon d’Yerres qui gardait l'orée du massif boisé dit de nos jours la forêt de Sénart, avec du côté est Melun et son île fortifiée sur la rivière Marne, appuyée au sud par l’île de Meaux et au nord-est et en amont par la tour fortifiée de l’ile de Noisy-le-Grand (93), la défense devenait cohérente contre les incursions fluviales. En effet et jusqu'alors, chaque comte héréditaire depuis Charlemagne défendait son bien car le royaume d'origine d'Hugues Capet, roi de 987 à 996 et fils d’Hugues-Le-Grand, était limité aux comtés de Senlis, Orléans et Poissy. 

Louis VI le Gros (1081-1137) roi capétien méconnu

Tout au long de son règne, cet arrière-petit-fils d’Hugues Capet fut en guerre et parvint à contrôler militairement Corbeil et Montlhéry, les deux comtés qui lui échappaient. La province royale d'Ile-de-France pouvait désormais être créée.

C'est également avec son appui que fut fondée l’abbaye Notre-Dame d’Yerres en 1132. La donatrice des quatre arpents permettant d’édifier l’établissement fut Eustachie Leriche [2] fille de Ferri Le Riche de Chatillon (+1102). On disait alors qu'une partie des moniales chassées de l’abbaye Sainte-Marie d’Argenteuil pour inconduite de leur abbesse Héloïse vinrent s'y réfugier. L’autre moitié suivra son abbesse à l’abbaye du Paraclet fondée par le théologien Pierre Abelard [3] abbé de Saint-Gildas-de-Rhuis (Morbihan) et finira par épouser l'abbesse coupable.

Cette affaire sociétale, théologique et politique fit scandale à l’époque et opposait en sous-main l’abbé Suger de Saint-Denis soutenu par Bernard de Clairvaux contre les Thibaldiens [4].  La suppression de l’abbaye féminine avait été approuvée par le pape et l’établissement devint le prieuré d’Argenteuil, soumis hiérarchiquement à la puissante abbaye de Saint-Denis (93) laquelle remplaça les moniales par ses moines.

Henri II Plantagenet et l’Angleterre

A partir et à cause de Louis VII (1137-1180) qui répudia en 1151 sa femme Aliénor duchesse d’Aquitaine, laquelle épousera le futur roi d’Angleterre Henri II Plantagenet (1133-1189) comte d’Anjou et du Maine et duc de Normandie, tous les rois capétiens auront à lutter ce qui fut en son temps un renversement des alliances.

En effet, à la mort en 1314 du roi de France Philippe IV le Bel, le roi d’Angleterre Edouard III revendiqua légalement la couronne de France par lignée féminine. Cette revendication juridiquement refusée en vertu d’une loi salique rédigée au VIIIème siècle profita à Philippe VI de Valois, neveu du roi défunt et dernier roi capétien.

Apparition de la dynastie valoisienne

Branche cadette de celle des capétiens, cette dynastie débute en 1328 par Philippe VI (1293-1350) fils du comte Charles de Valois. Désormais, les valoisiens auront à subir la guerre dite de Cent-Ans qui va suivre, née de rivalités féodales, dynastiques mais aussi de pressions économiques entre la France et l’Angleterre à propos de la Bourgogne et des Flandres.

Désormais, l’ancien monde féodal européen allait évoluer vers le concept théorique de l’état-nation constitué de l’organisation politique d’un Etat et d’une nation d’individus liés par un sort commun.

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[1] Bouchard le vénérable est fils de Bouchard dit Ratepilates (910-960), 1er comte héréditaire de Vendôme, conseiller de Hugues dit le Grand, duc de France. De son mariage avec Elisabeth Le Riche naîtrons Renaud II de Vendôme (991-1016), chancelier de France et évêque de Paris (991) . Ils font partie des comtes de Vendôme dit « Bouchardides ».   

[2] Vicomtesse de Corbeil, dame de Lieusaint (77) et de Corbeil, veuve de Baudouin IV de Beauvais et de Nanville (60)

[3] Histoire vulgarisée dite « le roman d’Héloïse et d’Abélard » sur le thème de l’amour entre une abbesse et son confesseur. Pierre Abelard (1079-1142) abbé de 1127 à 1133 de Saint-Gildas-de-Rhuis, fondateur en 1131 de l’abbaye féminine du Paraclet dont Héloïse sera abbesse en 1133. Il l’épousera clandestinement. Egalement L. Veyssière, « Les différences de vues et de réalisation entre Étienne Harding et Bernard de Clairvaux à propos des premières moniales cisterciennes, in N. Bouter, Unanimité et diversité cisterciennes : filiations, réseaux, relectures du XIIe au XVIIe siècle - Actes du quatrième Colloque international du C.E.R.C.O.R., Dijon, 23-25 septembre 1998, p. 135, note 5, Université Jean Monnet, Saint-Étienne, 2000, (ISBN 2-86272-177-8). 

[4] Partisans dissimulés de Thibaud IV (1095-1152) comte de Blois et de Champagne. Ils étaient en avance sur leur temps car c’est seulement après plus d’un siècle, en 1285, et par mariage de sa descendante la reine Jeanne 1ère de Navarre avec le roi Philippe IV Le Bel (1268-1314) que la Champagne devint partie intégrante du royaume de France.

[5] Dynastie issus du mariage d’Ermengarde d’Anjou fille du comte Foulque Nerra avec Geoffroy II du Gatinais  de la maison de Chateaudun.

 

Date de dernière mise à jour : 16/01/2021

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