Chevalier et marchands banquiers d'Angers

Rappel des paragraphes précédents

Ces paragraphes concernent les généralités sur la féodalité (1) puis les comtes de Corbeil (2) la guerre de Cent-Ans et les privilèges de l’Université (3) ont initié cette étude sur les nombreux porteurs du patronyme Chevalier.

Le paragraphe (4) concerne la première famille étudiée, celle dite Chevalier d’Almont originaire du Maine se divisa en trois rameaux dont le second fit l’objet de l’alliance Budé et Etienne Chevalier dite d’Eprunes sur quelques générations.

Puis vint la Renaissance avec François 1er et le rameau Chevalier de Presles-en-Brie (5), supposé rattaché à celui d’Eprunes mais sans preuves évidentes.

Sous les règnes d'Henri II à Charles IX (1560-1574) l’alliance de Pierre Chevalier aîné des Chevalier d’Eprunes avec les Guillart de l’Epichelière déboucha sur les privilèges apostoliques de l’évêché de Tournay (Hainaut) et les démêlés du roi de France contre les Habsbourg et l’Empire ( 6). Au début profitable à Pierre Chevalier d’Eprunes évêque de Senlis et à sa sœur Madeleine vicomtesse de Melun par mariage avec Guy Arbaleste, cette alliance se révélera fatale. En effet, deux cousins germains Charles fils de Jacques et Guillaume fils de Pierre Chevalier devinrent des notables protestants. Par le jeu des successions, leur parenté perdit vicomté et seigneurie d’Eprunes leur propriété depuis plus d’un siècle. Par contre, leur frère Nicolas Chevalier, le seul qui n’était pas financier issu de la Chambre des Comptes, avait hérité du Vignau, ancien fief templiers relevant des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et échappa aux problèmes successoraux liés aux guerres de religion.

L’un des protestant Guillaume Chevalier cité supra, tué lors de la Saint-Barthélemy, avait été marié avec Jeanne Escoreol, héritière du fief religieux « la grange du Milieu » à Hyères, (91) transmis par Madelon Hunault de la Thibaudière au service de la maison de Lorraine (7) .Un temps secrétaire de la maison d’Elisabeth de Habsbourg dite d’Autriche, épouse du roi Charles IX, Madelon était en relation d’affaires avec le moine bénédictin et affairiste Jacques II Fouyn, (8) prieur d’Argenteuil (95), lui aussi  un temps attaché à la jeune princesse fille unique du roi et d’Elisabeth de Habsbourg. Ce moine avait une nièce Catherine Du Mont qui épousa l’avocat Constantin 1er Chevallier, lequel qui avec l ‘appui familial du moine devint marguiller comptable de la paroisse Saint-Cosme à Paris puis banquier en cour de Rome.

Il était natif d’une famille d’artisans établis sur la rivière Sarthe, près d’Angers, donc a priori sans liens familiaux directs et de conditions sociales inférieures aux Chevalier anoblis d’Eprunes.

Ci-après une brève étude sur Constantin Chevallier Banquiers d'Anjou

Constantin Chevallier

CHEVALLIER Constantin 1er du nom, né vers 1557, vraisemblablement à Juvardeil, près d’Angers (49) fils probable de Jacques CHEVALLIER (1527-1592), marchand à Cheffes (49) et de Marie CONSTANTIN (1533-1591).

Sa famille 

Second d’une fratrie de deux garçons et trois filles, son frère aîné Michel Chevallier (1556-1601) était prêtre et curé de Gené (49), docteur en Théologie et enfin chanoine de Saint-Pierre d’Angers. Les sœurs étaient Mathurine Chevallier (1558-1583) épouse de René Testart (1565). Françoise Chevallier (1560-1616) femme de Michel Bucher (1558-1614) et enfin Renée Chevallier (1563-1606) épouse de Nicolas Jouet (1574-1632).

 Après avoir fait de bonnes études, vraisemblablement à la faculté d’Angers, Constantin1er Chevallier quitta très tôt sa famille pour monter à Paris. Sa décision de quitter sa province fut-elle motivée par une question d’héritage avec son frère aîné Michel Chevallier, la question reste posée. 

Son mariage et sa belle-famille

 Constantin 1er Chevallier se maria vers 1582 à l'âge d’environ 21 ans, avec Catherine DUMONT (Du Mont), fille de Guillaume DUMONT (°1520 +1582), écuyer puis bourgeois de Paris et d'Isabelle FOUYN (1539-1565) sœur aînée du chanoine Jacques II Fouyn prieur d'Argenteuil (95).  Un contrat a été établi à l’occasion du mariage garantissant un douaire de 300 Livres en faveur de l’épouse, gagé sur les abbayes prémontrés de Belval à Troivaux (62) et Thenailles-en-Thiérache, diocèse de Laon (Aisne).   

Au moins deux enfants sont nés de cette union entre Constantin 1er et Catherine Dumont :

  1. Constantin II Chevallier (1583-1642) , second du nom, d’abord  38 ème abbé commandaté , à l'âge de 14 ans, de Saint-Gildas-de-Rhuis (Morbihan) de 1597 à 1607 puis marié le 12 novembre 1608 avec la petite-fille de l'ancien contrôleur des guerres Pierre Moreau nommée Elisabeth Moreau de Merlan (1585-1633), fille de Robert Moreau de Merlan (1535-609) huissier à la cour des Monnaies, puis secrétaire à la chambre du roi et d’Anne Godart (1540-1609) fille de Séverin Godart (1515-1608), notaire au Châtelet de Paris (étude XCVIII rue de la Bretonnerie, paroisse Saint-Merry) et de Marie de Montigny (1522-1581).   

Jacques Chevallier (1590-1645), Lieutenant au grenier sel de Fère-en-Tardenois (Aisne), marié en 1627 avec Madeleine Fréquant (1590- ?) fille d’André Alexandre Fréquent (1559-1596), d’une famille de drapier puis conseiller du roi et contrôleur à la Chambre des Comptes et de Denise Delassus (1565- ?)

Le statut social de Constantin 1er Chevallier

Sa profession d'avocat établi rue du Battoir, paroisse Saint-Cosme à Paris lui permis d'accéder de 1574 à 1578 à la fonction enviée de marguiller-comptable de sa paroisse où il succédait à son beau-père Guillaume Dumont (Du Mont) qui occupait cette fonction, après celle de greffier d'Argenteuil où il avait cotoyé Jacques II Fouyn, seigneur spirituel et temporel de la localité en tant de prieur commendaté. C’est de cette façon que se constitua en ces temps de guerre de religion une triple alliance familiale d’intérêts communs entre le religieux Fouyn,  Guillaume Dumont beau-frère de ce dernier et son gendre Constantin 1er Chevallier.

Il est à noter que Guillaume Dumont, normand d'origine, était également un homme d'affaires  et l'un des créanciers de Louis Fretel (1520-1590) [1] baron de Flaix-en-Brie (77). Quant au prieur Jacques Fouyn, outre ses nombreux bénéfices apostoliques liés à son priorat d'Argenteuil et ses deux canonicats d'Angers et Notre-Dame-de-Paris, il était seigneur usufruitier du fief  et métairie de « la Grange du Milieu » sur la paroisse d’Yerres (91) qu’il exploitait depuis 1573. Il avait modernisé cette propriété et obtenu au mois de septembre 1581 du roi Henri III le droit et l’autorisation exceptionnelle de faire creuser des fossés avec pont-levis et de clore son domaine de murs. A l'origine, ce fief du chapitre cathédral de Paris, défriché par les moniales de l’abbaye Notre-Dame d’Yerres et autres dont Notre-Dame d'Argenteuil, relevait du droit canon, avant même que la châtellenie d’Yerres soit engagée par le roi Charles V et saisie en 1389 au bénéfice de son conseiller et chambellan d’alors Charles dit Bureau de la Rivière (1339-1400).

Depuis cette période, la situation juridique du fief était floue et fut l’occasion d’un procès dit « combat de fiefs », antique procédure moyenâgeuse en cas de contradiction entre droit canon et droit seigneurial. Ce procès opposa  les héritiers à la cinquième génération d'Etienne Chevalier d'Eprunes contre ceux de son épouse Catherine Budé. Il s'agissait de :

  • Madeleine Chevalier (1523-1590), dame de Corbeil, veuve du protestant Gui Arbaleste, vicomte de Melun, dont postérité, contre
  •  Dreux III Budé (1532-1588) notaire secrétaire du roi, veuf de Marie Jeanne Brachet, dont postérité.

Après appel, le jugement rendu en 1584 conclu à un arrangement financier, la famille Budé devant régler un dédommagement à Madeleine Chevalier et à ses héritiers. En contrepartie, ces derniers devraient répondre à toutes demandes des officiers de justice de la châtellenie d’Yerres, désormais intégrée définitivement au comté de Corbeil.

A cette époque, la situation financière personnelle de Constantin 1er Chevallier est relativement florissante. Passé d'avocat à marguillier-comptable puis marchand banquier, il acquiert en 1583 une charge de banquier apostolique en cour de Rome, c'est à dire spécialisé dans le transfert des documents divers et nécessaires au fonctkionnement administratif  de l'Eglise (bulles, documents abbatiaux, demande d'indulgence etc.). Ainsi, devenu officiau de l'évéché de Paris, travaillant avec le receveur financier du Clergé de France, Constantin va d'ailleurs faire connaissance avec d'un des principaux manieurs d'argent de Paris, le lucquois et vicomte de Buzancy [1]  Scipion Sardini (1526-1608) époux d'Isabelle de la Tour, alias de Limeuil (1544-1609). Constantin 1er va d'ailleurs lui emprunter de l'argent afin d'acquérir une abbaye pour son fils aîné. Il aura d'ailleurs des difficultés pour investir dans ce projet, difficultés développées  dans le paragraphe "l'abbé de Saint-Gildas-de-Rhuis". 

Les autres acquisitions de Constantin Chevallier père

Lorsqu'il fit l'acquistion en 1587 de l'abbaye bretonne de Saint-Gildas-de-Rhuis et afin de préserver le douaire et les intérêts de son épouse Catherine Du Mont (Dumont), Constantin avait la précaution de se séparer de la communauté de biens. Cette sage précaution s’avérera essentielle lorsque le douaire de la veuve sera saisi par Jacques Vorse, notaire royal à Marmande (Lot-et-Garonne) curateur de défunt Constantin Chevalier (ET/LXXXVII/107 daté du mercredi 2 mai 1607).

Après cette acquisition de Saint-Gildas-de-Rhuis difficile en raison de la concurrence entre investisseurs, le banquier continua d’agrandir son patrimone par les investissements suivants :

- Le 6 août 1598 achat de la seigneurie de Bondoufle (Essonne) mouvante d'Yerres, avec droits de bailliage, de prévôté et de tabellionnage, ainsi que plusieurs maisons avec 49 arpents de terre. Le vendeur était Guillaume de Maulevault qui avait succédé à Robert Moreau dit de Merlan époux d'Anne Godart cité précedemment, lequel détenait Bondoufle depuis au moins 1594 (Archives du Château de la Cordelière AD Aube - série 8J -cote 20 AA 108 parchemin du 26 novembre 1594). 
-Le 29 août 1598, la cure de Saint-Clair-de-Vaux-La-Campagne diocèse de Sées (Orne), en association avec Pierre Lamedé,
- Vers 1599 la lieutenance du grenier à sel de Fère-en-Tardennois (Aisne) destinée à son fils cadet Jacques Chevalier. 

- Enfin diverses rentes sur la paroisse parisienne de Saint-Merry et les abbayes prémontrés de Belval et de Thenaille-en-Thiérache, gagées d’une rente de 300 Livres constituant le douaire de Catherine Dumont épouse séparée du banquier Constantin (ET/CXXII/1560, du 24 avril 1607, f° LXXVIII).

Constantin Chevallier père mourut entre 1602 et 1605 en un lieu encopre ingnoré. Sa signature et celle de son fils homonyme figurent en annexe pour ceux que cela intéresse

Remariage de la veuve du banquier Constantin Chevallier

Son épouse se remaria le  30 avril 1607 avec Pierre  Chartrain  avocat en la cour du Parlement et au grand conseil du Roi, fils de Charles notaire royal à Bellême du Perche (Y 146   Notice n° 3526  fol. 271) et le couple s’établi rue du Battoir à Paris, domicile du défunt Constantin Chevallier père. Le nouveau couple aura probablement une fille puis Pierre Chartrain décéda au mois d’août 1620 (inventaire au décès  du 29 août 1620 MC/ET/II/100 29 août 1620 MC/ET/II/83 - MC/ET/II/114 - MC/ET/II/100).

Catherine Dumont lui survivra et décédera peu avant le 28 juillet  1632. Elle était dame en partie de Bondoufle , seigneurie jouxtant celle d’Yerres (91) et de Merlan (93) héritée de son père Guillaume. Elle avait également fait transport de rentes à sa sœur Elisabeth Dumont, qui serait l’épouse du drapier parisien Jean Le Noir, ce qui demande confirmation.

 

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[1] Le financier Scipion Sardini était proche du roi et de sa mère Catherine de Médicis. Lui et son épouse que l’on disait ancienne membre de l’escadron volant chargé de recueillir des renseignements auprès des gentilshommes de la cour avaient une réputation équivoques. Parfois traité d'usurier, Scipion Sardini prêta au clergé en 1588 la somme d’un demi-million d’écus pour répondre aux exigences royales en matière de lutte contre les protestants (« Relations entre le parlement de Paris et le pouvoir royal (1574-1588) » p. 105 note 231, publié en 1995 par Sylvie Daubresse). En 1600, le couple acquit le château de Chaumont-sur-Loire ayant appartenu à Catherine de Médicis puis Diane de Poitiers et enfin au vicomte de Turenne cousin de dame Isabelle Sardini.

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Date de dernière mise à jour : 24/07/2022

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